DECLAN McKENNA ≈ SYNDROME DE PETER PAN INVERSÉ

Declan McKenna. Son nom ne te dit peut-être encore rien. Si pas, mes félicitations! Tu es vraisemblablement à la pointe de l’actu musicale et tu as l’oeil pour miser sur les bons chevaux. Dans le cas contraire, respire un coup, il n’est jamais trop tard pour se remettre sur le droit chemin, à condition, cela va de soi, de lire l’entièreté de mon article. 

Il y a de ça quelques mois, j’ai découvert l’existence d’une bombe à retardement, un joyaux, une véritable pépite british aux cheveux bruns et au talent hors-norme. Du haut de ses (presque) 19 ans, Declan McKenna endosse les qualificatifs d’auteur-compositeur-interprète. Mais pas que. Alors que tu viens à peine d’avoir ton permis et ton CESS, Declan, lui, est présenté par les médias comme étant, à l’heure actuelle, le plus grand espoir de la pop-rock britannique. Le ton est donné. « Espoir » vous dites? Pourquoi donc jouer la carte de l’espérance, du dessein et de l’attente alors que son album What Do You Think About The Car? (Columbia Records) est une réelle carte de visite qui ne laisse aucune place à l’incertitude.

« On pourrait facilement le prendre pour un collégien. Visage fin, teint rosé de poupon, cheveux courts en bataille, tee-shirt blanc : Declan McKenna cherche davantage à se faufiler partout qu’à jouer les graines de star » (Paris Match)

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Dix octobre, jour de grève nationale et de match des Diables. Pas de train, bordel sur la route. Je me décide à quitter ma petite campagne à bord de ma petite voiture noire pour rejoindre les entrailles de la circulation bruxelloise. Ma motivation? Celui dont la notoriété ne fait que grimper au Royaume-Uni et qui essuyait son premier buzz médiatique à seulement 16 ans pour son morceau Brazil (dénonçant la corruption au sein de la Fifa lors de la Coupe du Monde 2014). Paradoxalement à cette popularité déjà bien présente, je m’attendais pourtant à me joindre à un public de curieux. Tu sais, ce genre de public qui prend ses places sur un coup de tête et qui n’aspire qu’à prendre une claque dans la gueule et repartir chez lui avec un nouvel artiste à rajouter dans son Ipod (oui, l’Ipod existe toujours).

        

Echec total. En arrivant au milieu de la première partie (oups) assurée par Jeremy Walch, je me rends compte rapidement qu’un véritable de bloc de fans fidèles a déjà établi ses quartiers devant la scène, prêt à accueillir celui qu’ils attendent depuis, sans doute, bien plus longtemps que moi. Parmi eux, quelques filles et garçons ressortent du lot. Ils étincellent, littéralement. Tout d’abord car ils arborent fidèlement le signe distinctif de Declan et ses musiciens : une bande de paillettes sous les yeux. Deuxième, car ils respirent l’émerveillement et l’exaltation. Entre deux applaudissements, mes yeux balayent la salle du regard, prenant tout ce qu’on leur donne à voir. Je ne peux m’empêcher d’observer ce jeune public, discrètement (du moins, je l’espère). Oui, dit comme ça, ça sonne un brin psychopathe. A mon grand étonnement,  les émotions qui émanent de leurs gestes et regards et qui ont donné à la salle, une dynamique si particulière, m’atteignent en plein coeur. Ils dansent de façon complètement incontrôlée, ferment les yeux au son de Make Me Your Queen, sautent en synchronisation parfaite sur Isombard. Ils scandent en coeur « You told your kids that they’d live long forever but the kids don’t wanna come home again ». Ils lancent des boîtes de paracétamol sur le morceau Paracetamol. Obvious. Perso ça m’a vraiment fait rire, il y a quand même un mec qui s’est dit qu’il allait fouiller sa pharmacie avant de venir.

« Il détonne dans sa génération » (Le Figaro)

S’il est accompagné sur scène par des musiciens tout aussi jeunes et talentueux que lui, Declan McKenna attire l’attention à lui seule, l’attrape, et ne la lâche plus. Un paradoxe entre un garçon qui respire la simplicité et le naturel tout en ayant une classe et une prestance ahurissantes, alors qu’il ne fait absolument rien pour. Le gars est lui même, respire la spontanéité du début à la fin. Mon fidèle partenaire de concerts (hey Laurent) m’a d’ailleurs fait remarquer à très juste titre que sa gestuelle rappelait celle de Matt Shultz, chanteur du groupe Cage The Elephant. Moi qui prête énormément d’attention à l’attitude, aux expressions, postures et à la dégaine des artistes, je suis conquise. Ses paillettes bleues renvoient la lumière des projecteurs et là, des image et une pensée confuse me viennent en tête…

« Son sourire malicieux, ses traces d’acné, sa carrure d’allumette et un éraillement vocal trahissant un reste de puberté » (Le Monde)

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Le syndrome de Peter Pan, aussi connu sous l’appellation « complexe de Peter Pan », se caractérise par le refus de grandir et, par conséquent, le désir profond de rester au stade de l’enfance. Le syndrome apparaît en général à l’âge où l’individu est confronté à ses premières grandes responsabilités, synonymes de réelles angoisses. Syndrome inversé? A la vue de ce concert, le diagnostique d’une jeunesse réveillée, consciente, témointe et engagée se dresse devant moi.  Diagnostique que les ainés ont tendance à passer sous silence comme le témoigne les nombreux articles de presse insérés dans mon article. Si le talent de Declan est plébiscité par tous, il est toujours accompagné par des grands étonnements quant à son âge. Pourquoi?

« But, while most of the emerging teenage wannabes sing about clubs, girls and thwarted romance, one of them is reviving the dusty old art of the protest song with music that riffs on politics, corruption scandals and fake news » (The Telegraph)

Dénotation, acné, poupon, joues roses, puberté. Suis-je la seule à trouver ces termes hyper exaspérant et catégorisant? Pourquoi attirer tant l’attention sur son âge, comme si talent et ouverture sur le monde ne coïnciderait pas avec jeunesse, sauf exception. Ecouter un jeune parler de dérives de la religion (Bethlehem), de harcelement (Paracetamol) relèverait donc d’un fait exceptionnel, sensationnel. Ce circuit de pensée est tellement court. Attristant. La jeunesse a tellement de choses à dire et à revendiquer. Elle s’avère d’ailleurs être, souvent, tellement particulièrement consciente des dérives du monde dans lequel on vit. Il paraît que la vérité sort de la bouche des enfants. J’ajouterais à cela que les nouvelles générations sont sans filtre, fougueuses, indomptées. Stop au discrédit et place à l’écoute de ce que les gens ont à dire, qu’ils soient jeunes ou vieux. Sauf quand ils ne disent que des conneries, alors on s’en passe. Loin d’être un Peter Pan naïf et candide à la « carrure d’allumette » (Merci Le Monde) Declan semblerait être la pilule de paracétamol capable d’apaiser les frustrations la génération Z. Une fois ingérés, ses textes et sa personne soignent les maux de société ayant pour symptômes le mal de tête, fièvre et courbatures.

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