FRONTWOMEN

White Photo Food Journal Book Cover (1)Frontwomen, un article dédié à la fabuleuse contribution des femmes au monde de l’art et plus particulièrement, au monde de la musique. Depuis des siècles, elles inspirent les artistes peintres, poètes, sculpteurs, musiciens, compositeurs, acteurs. La muse incarne le paroxysme de la créativité et du désir. En 1966, Grace Slick rejoignait le groupe Jefferson Airplane. En 1975, ce fut au tour de Stevie Nicks de rejoindre Fleetwood Mac. En 1980, Debbie Harry (Blondie), icône féminine et sulfureuse du rock, enflammait les scènes du monde entier avec le titre Call Me. A tout juste 17 ans, Janis Joplin chantait dans les clubs d’Houston et Austin pour financer son futur voyage en Californie. Quelques années plus tard, elle se joint aux Big Brother and the Holding Company, donnant lieu à l’album Cheap Thrills (Columbia Records) comportant le titre Piece of My Heart. En 1984, les esprits se bousculent lorsque Madonna revête sa robe de mariée pour entonner Like A Virgin sur le plateau des  MTV Video Music Awards. Société, modèles et moeurs évoluant, qui sont désormais les figures inspirantes de la relève du rock au féminin?

  1. YONAKA // THERESA JARVIS

Porté par la voix fiévreuse de Theresa Jarvis, le groupe originaire de Brighton est, à l’heure actuelle, littéralement en train d’enflammer la Grande-Bretagne. Véritable révélation avec « seulement » quelques titres à leur actif, le groupe est vite repéré par Atlantic Records qui voit dans le quatuor, les prémisses d’une révolution massive. YONAKA ou « Minuit » en Japonais, résonne comme une gueule de bois du lendemain de la veille. « I think anger is an important part of what we do », confiait Theresa au webzine DyeMag.com. Déchaînée et sexy, la jeune femme empoigne intensément la scène et mêle avec brio rock, pop et hip-hop. Eprise de détermination, elle est bien décidée à soulever des montagnes pour ancrer la réputation du groupe. Après avoir partagé la scène aux côtés Drenge, The Libertines et Franck Carter,  YONAKA dévoilait en octobre dernier son EP Heavy au titre on ne peut plus approprié. Du lourd, du volcanique.

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Picture © Black Velvet Magazine

2. ELIN LARSSON // BLUES PILLS 

« Lady dressed in gold, she is young, she is old, she’s the keeper of the soul ». Faites place à Elin Larsson, queen du blues-rock aux influences soul, heavy et psychédéliques. En 2017, le groupe sortait Lady In Gold qui fut accueilli avec ferveur. Dans la lignée de KAVADAR, Graveyard ou encore Fleetwood Mac, le groupe cosmopolite séduit de par son authenticité. Sur scène, Elin en impose et monopolise l’espace, tant physiquement que par sa voix hyper puissante. Pieds nus, combinaison noire à paillettes aux manches évasées,  Elin saute dans tous les sens et balance sa longue chevelure blond aux quatre coins de la scène si bien que, ne voulant pas râter une miette du show, tu ne sais plus trop où porter ton regard. Une véritable showwoman dans toute sa splendeur. Blues Pills fédère les foules et les esprits et propose un voyage immersif dans les sixties.  Le trajet retour n’est cependant pas garanti.

3. JULIA CUMMING // SUNFLOWER BEAN

Ils sont fans de Black Sabbath et ont l’air d’avoir tout vécu tout en découvrant comment tourne le monde. Ils ont vingt ans comme ils pourraient en avoir trente, ou quinze. Matures et juvéniles, Nick Kivlen, Jacob Faber et Julia Cumming aka Sunflower Bean respirent la nostalgie et l’innocence lucide. Troublant. « When I walk around the neighborhood, the post office is gone, the stationery store is gone, the pizza is gone. It’s just bombed-out scaffolding that’s going to be a big building  […] I can’t help but feel nostalgic about it ». Brisant la glace, la voix cristallisante de Julia se mêle à la perfection à celle de Nick. Leur premier EP Show Me Your Seven Secrets sort en 2015 et sera suivi par leur premier album Human Ceremony un an plus tard. Tout récemment, les new-yorkais viennent d’annoncer la sortie de Twentytwo in Blue pour mars 2018. N’en déplaise aux amateurs de balades, le groupe revendique haut et fort son rock glam et frais. « When I was a really little kid, my parents had a VHS tape called ‘Glam Rock.’ It was about 15 songs of Gary Glitter, T.Rex and Alice Cooper, and I watched it every day until it broke ». Ok, on comprend mieux.  Le regard fixe et téméraire à la Come-To-Me-As-You-Dare, Julia combine sa carrière dans la musique à celle de mannequin en défilant notamment à plusieurs reprises pour Saint Laurent.

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As women’s history in music and involvement is very complicated, I feel like everyone is trying to carry you down as a woman in music and find something that makes you less of a musician […] I think there’s almost no point in talking about it so much anymore because the more we talk about it, the more women are separated, rather than just human beings » The Cut

4. ISABELLA MANFREDI // THE PREATURES

Récemment, Isabella Manfredi, aussi surnommée Izzi, prenait part à la campagne #MeeToo en se confiant dans un post Instagram sur les différentes situations relevant du harcèlement sexuel, dont elle a été victime : « Of course this sickness is not confined to the film industry. Perhaps the greatest clarity this unfolding story has given me is some perspective on my own experiences in the music industry, mostly in, but not confined to, America ». Sur un ton plus joyeux, The Preatures dévoilait l’été dernier son second album Girlhood abordant la dualité de la féminité moderne, balance entre vulnérabilité et force. Sans prétention, l’album mélange pop, soul, émotivité et douceur. Contradictoire, bordélique, tenace, Isabella évoque l’écriture de l’album comme un aller-retour incessant entre conscience et inconscience. Elle évoque le regard critique qu’elle développe envers elle-même, fruit d’une internalisation du monde extérieur sur sa propre personne.

« I enjoy my own beauty in a way I think only someone who has grown up feeling ugly can. I treasure it. I think beauty comes from self-worth and character. » Russh

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5. CAMILLE DELVECCHIO // GRAND BLANC

Ete 2016, je couvrais le festival du Verdur Rock pour le webzine La Vague Parallèle (si tu souhaites lire mon live-report → ici) et je tombais nez-à-nez avec l’univers bouleversant, dérangeant de Grand Blanc, tête d’affiche de l’édition. Quelques jours après leur prestation, tête reposée, j’écrivais les lignes qui suivent : « Grand Blanc s’empare de la scène pour nous livrer une prestation hors du temps, tel un ovni débarquant de nulle part. ‘J’traîne un sourire bancal, tâché, sur ma banquise dans les flots du canal, ton silence qui s’enlise’. On peine à détacher notre regard de la stupéfiante Camille, debout derrière son clavier, qui d’un ton un brin nonchalant et détaché, nous fait avaler son flot de paroles, jonglant entre poésie et échos lointains ». C’est notamment grâce à Grand Blanc que j’ai réellement découvert la force que pouvait avoir un texte en français. Sans déconner, j’ai toujours eu du mal à écouter des morceaux chantés en français. Au fil du temps, mon attachement aux sonorités anglophones s’est transformé en barrière imperméable qui, depuis plus récemment, se veut de plus en plus poreuse. Il suffit d’écouter l’intro de Surprise Party, glaciale, électrique, inaliénable.  Voix, prestance scénique, c’est le charme fou. D’ailleurs, ils reviennent avec un nouvel album, Ailleurs. Il paraît que c’est pour tous les garçons et filles de « notre âge »…

6. LAURA HAYDEN // ANTEROS

Oui je saiiiiiis, mon obsession pour Laura Hayden continue. Pour ceux qui débarquent, j’en avais déjà parlé dans mon article Discovering New Bands après la découverte, comme son nom l’indique, du groupe londonien Anteros. La jolie blonde à la crinière de lionne captive par sa prestance. Un angélisme et une fraîcheur qui dissimulent une véritable force de caractère. Laura incarne la femme indépendante et sûre d’elle avec brio. A tel point qu’elle n’hésite pas à virer les mecs lourds des salles de concert. Et quoi? Qui a dit que le soutien à gorge était obligatoire? Allez, dehors! Quand on lui demande quel serait son top quatre des femmes artistes inspirantes à ses yeux, cette dernière cite non sans surprise : Stevie Nicks, Janis Joplin, Gwen Stefani ou encore Madonna. Récemment, le quatuor divulguait deux nouveaux morceaux : Bonnie et Love. Tout coule de source, et s’imbrique parfaitement dans cet univers dream-pop sucré rempli de strass et paillettes abordant pourtant des sujets plus nostalgiques et profonds.

« Where to begin?! Let’s start with equality. I wish there were the same amount of women as there are men working behind the music business. […] Nobody says a word when guys take their shirts off on stage, but how DARE a woman wear no bra under a white tank top?! »

Laura Hayden
Pics by Stevie Kyle and ShotByFox

7. MARCELLA DI TROIA  // BLACK MIRRORS

Hé, un groupe belge! Si initialement, la mystique Marcella souhait monter une formation 100 % féminine, c’est finalement aux côtés de  Pierre Lateur (guitare), Gino Caponi (basse) et Edouard Cabuy (batterie) qu’elle sortira l’EP Funky Queen (2017) chez Napalm Records. Enregistré entièrement en live, à Bruxelles, le résultat hybride se veut explosif. Un alliage entre le stoner, la soul, le psyche et le blues-rock, sans oublier cette touch ultra groovie. La chaleur monte d’un cran à l’écoute des riffs cadencés et sexy de The Mess. Un son chaud et oldschool non sans rappeler Blackberry Smoke, QOSA, Left Lane Cruiser, Radio Moscow ou encore The Steepwater Band avec leur titre Black Cats Path.

8. COURTNEY BARNETT

Le nom de Courtney Barnett me disait déjà quelque chose avant l’écriture de Frontwomen. En reconnaissant la voix de  Kurt Vile  (The War On Drugs) sur un morceau diffusé à la radio, la présence d’une voix féminine à ses côtés m’intrigua fortement. Après avoir shazamé le titre, le nom de Courtney Barnett s’enregistra quelque part dans ma tête, bien enfoui mais prêt à ressortir au moment venu. C’est finalement en écrivant cet article que j’ai appréhendé plus profondément son univers indie-rock. Respirant l’Australie, les morceaux de Courtney sont typiquement ceux que l’on écoute un après-midi d’été, dans une voiture décapotable (ou fenêtres ouvertes pour ceux qui roulent en Polo), un brin de blé en bouche. Fruit d’un travail d’observation minutieux,  Courtney s’inspire de faits anodins du quotidien et s’applique pour en faire un contenu plus profond et signifiant dans ses textes. C’est en 2013 que l’artiste originaire de Melbourne se fait connaître avec son EP History Eraser et How To Carve a Carrot Into a Rose par la suite, les deux ayant été signés chez Milk!, label qu’elle détient avec sa partenaire Jen Cloher. Après avoir collaboré avec Kurt sur leur album commun Lotta Sea Lice, qui est une vraie pépite pour les coeurs essoufflés, l’artiste reviendra le 18 mai prochain avec son deuxième album solo Tell Me How You Really Feel dont le premier morceau Nameless Faceless, a déjà été divulgué. D’ailleurs, elle sera à l’Ancienne Belgique le 30 mai 2018.

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4 réflexions sur “FRONTWOMEN

  1. Merci pour ces présentations ! Je ne connaissais aucune de ces femmes / aucun des groupes, mais c’est vraiment de la musique qui ma plaît : j’adore les chanteuses qui on du coffre, de la voix, et là je suis servie ! Cela fait quelque temps que je m’applique à écouter des groupes où il y a des femmes, parce que comme tu l’écris – comme Julia Cumming le dit – on a encore tendance à trouver ça original alors que ça devrait être normal, de trouver des femmes dans le rock.

    1. Hello! Contente d’avoir pu te faire découvrir ces artistes incroyables et prometteuses!
      Pareil, il m’a fallu un petit temps pour m’intéresser à l’apport des femmes dans la musique car je suis initialement plus touchée par les voix masculines, comme quoi 🙂

  2. Hey, très bonne idée cet article et j’ai fait quelques découvertes 🙂
    Je me permets de faire un ajout, essentiel à mon sens : Izzy B Phillips du groupe Black Honey !

    1. Hey! Contente que tu ai découvert quelques groupes 🙂
      Merci pour tes références, je vais écouter ça de suite! A bientôt!

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