HER ≈ DEFERLANTE D’AMOUR

Un album, un duo. Jusque là, rien de sensationnel. Pourtant, c’est une véritable ode à l’amour que je publie aujourd’hui. De fait, cet article est le fruit d’un laborieux travail de retransmission d’émotions. Puisse-t-il réussir un tant soit peu à décrire la force émanant de Simon Carpentier et Victor Solf. Je m’excuse d’ores et déjà pour le probable joyeux bordel que constituera cet article, mais ça vient tellement du coeur que je m’y perds. 

Her
Photo : Axel Morin

Alors qu’ils se rencontrent sur les bancs du lycée Emile-Zola (Rennes),  Simon rejoint les rangs de l’excellente formation The Popopopops, en tant que bassiste aux côtés de Victor. Le groupe se fait remarquer lors de son passage aux Transmusicales de Rennes en 2008 et rafle ensuite le prix InRocKs lab en 2009. L’année suivante, ils sont choisis pour assurer la première partie des  Pony Pony Run Run au Zénith de Paris. C’est donc à l’occasion de ma recherche « documentaire » que j’ai pu mettre un nom d’artiste derrière Hypnotise Me qui que j’avais déjà entendu auparavant. Le titre ouvre leur album Swell qui sortira dans le courant de l’année 2013.  Comme quoi, il est (presque) toujours bon de fouiller dans les archives.

Si l’aventure des Pops finit par prendre fin, l’alchimie entre Victor et Simon continue, quant à elle, à se façonner avec évidence. En 2015, Her est né. Résolus à proposer une musique innovante et sans pareil, les rennais écrivent et composent le morceau We Choose à l’image de leur détermination sans faille. Avancer. Toujours plus loin. Morceau qui ouvrira quelques temps plus tard leur album finalisé ainsi que leur concert au Botanique (Bruxelles) ce jeudi 19 avril dernier.

Cette soirée, je l’attendais depuis des mois. Je trépignais littéralement d’impatience à l’idée d’enfin voir le groupe sur scène, de vivre les émotions provoquées par l’album, en live cette fois-ci. Le silence s’installe dans l’Orangerie. Le groupe signe un nouveau sold out ce soir. Dans un calme qui n’est qu’apparent, le public attend que les musiciens s’installent. Quelques applaudissements, les esprits latents s’échauffent mais l’attention du public reste intacte. Les lumières s’allument et éclairent Victor Solf qui entonne, a capella et avec une intensité de l’ordre du jamais vu : « We Choose, The Way We’ll Be Remembered ». Toute la salle se tait et boit ses paroles. J’ai la gorge nouée. Les larmes me montent aux yeux. Le poids des mots? Indéniablement. Mes émotions se confondent ; si bien que je ne sais même plus si je suis triste, émue ou heureuse. Les deux en même temps, j’imagine. Triste de par la tragique disparition de Simon des suites d’un cancer le 13 août dernier à laquelle je ne peux m’empêcher de penser. Heureuse car je ressens qu’il se passe quelque chose de très particulier dans la salle. Les battements de mon coeur s’accélèrent. Putain, qu’est ce que je suis contente d’être là.

Black White Acoustic Album Cover (1)

J’ai découvert Her par le biais de leur titre éponyme Five Minutes. Titre ayant pris d’assaut les radios quelques mois plus tôt. Sans langue de bois, si j’appréciais énormément le morceau, je ne me serais pas doutée de la richesse artistique qui se cachait en amont. J’ai bu avec soif les Tape #1 et Tape#2 (studio et live) préfigurant la sortie de l’album en mars dernier, à l’instar des mixtapes sur cassettes des rappeurs des 90’s. Je n’achète que très rarement des albums, budget étudiant oblige. Pourtant, c’est sans hésitation que je me suis précipitée à la Fnac pour me procurer ce bijoux en mains propres. Impossible de faire autrement. Alors que je contemple la magnifique illustration réalisée par Raphaël Garnier, mes yeux s’arrêtent sur les mots : « May this album be a testament to what a great artist you are ». Tout en sobriété. Alors qu’il vient de perdre son alter ego, Victor s’est promis de faire vivre l’album en le portant jusqu’au bout. La question inéluctable du choix de l’angle d’écriture pour cet article m’est parvenue il y a déjà de cela quelques semaines. Assez vite, je m’étais mise d’accord avec moi-même de ne pas trop évoquer cette partie de l’histoire. Idiot? Je ne sais pas. Une question de pudeur, de respect, de retenue de ne pas écrire sur quelque chose qui me dépasse complètement, l’histoire de vies, de rencontres, de perte, de deuil. Je craignais que l’on ne méprenne mes intentions, que mes mots soient maladroits, qu’on attribue mes dires à du racolage jouant sur l’émotion. Tout sauf ça. Vraiment.

Her
Photo : Axel Morin

Afin d’être juste dans ce que je m’apprêtais à écrire, j’ai voulu, d’une certaine manière, tenter de comprendre qui était Simon en tant qu’artiste. Après avoir réécouté l’album approximativement deux cents fois en l’espace de deux semaines (ça fait beaucoup, je te l’accorde), lu et écouté de nombreuses interviews et enfin, après avoir vécu l’expérience en direct, ma perception des choses a quelque peu changé. Je repense alors aux paroles de Shuggie qui me retourne complètement à chaque écoute. À Icarus (You’re still a part of me/Just on the other side). À For Him. Au clip de We Choose, somptueusement filmé et monté et dont les images prennent deux significations dichotomiques différentes pour qu’au final une seule prime : la vie, l’espoir. Simon est présent. Partout. Sur l’album, bien évidemment, de par sa voix si poétique et sensible qui habite Quite Like pour ne citer qu’elle. Sa détermination et sa rigueur artistique déteignent littéralement sur tous les morceaux. Même ceux écrits en sa mémoire. Même constat sur scène. C’est assez dingue et je t’assure que je ne te parle pas d’une hallucination mais bien d’une force transcendante. Je repense au chapeau d’introduction d’une interview délivrée par CultureBox qui avançait que Her était un duo jusqu’à la disparition de Simon. Soit le mec n’a pas écouté l’album, soit… Non je n’ai pas d’autre explication en fait.

Le concert continue. Dans une interview, Victor confiait qu’ils appréhendaient leur musique comme une quête d’identité. Un seul morceau de joué et c’est une évidence. Une évidence pleine de paradoxe car oui, Her est intrinsèquement paradoxal avec d’un côté, deux artistes qui respirent la simplicité et l’honnête. Une musique vraie,  psychique et somatique à la fois. Tout est juste et à sa place. Un jeu perpétuel et extrêmement bien maitrisé entre dynamique et relâchement. Faire monter la tension comme sur le morceau Queens, attendre le point d’ébullition, enclencher le détonateur, lâcher du lest,  calmer les ardeurs, recommencer. C’est du génie. Un show construit du début à la fin. Un son d’une pureté assez déroutante telle une onde qui pénètre tes entrailles. Profondément.

Si les influences de The Popopopos n’avaient, pour ainsi dire, que peu de limites, le fil conducteur de Her se veut plus défini. Leurs attaches pour la soul et la culture américaine prédominent largement. Sensualité et volupté sont de mises. Effervescence dans la salle, tout le monde est conquis, tout le monde s’éclate. Il doit faire approximativement 40°, l’air est pour ainsi dire, complètement irrespirable mais personne ne s’empêche de bouger au son de Fives Minutes et On & On. Ah oui, car je te préviens, il est humainement impossible de ne pas danser. Essaye de rester stoïque sur Wanna Be You. Echec? C’est bien ce que je disais.  Je te déconseille d’ailleurs d’écouter ce morceau en conduisant car tu passes rapidement en mode Handsupinthesky et ton volant devient vite un accessoire dont l’importance te paraît vachement dérisoire. Alors si la danse n’est pas ton fort et que tu comptais préserver ta dignité en te contentant d’un hochement de tête par ci par là, tu peux d’ores et déjà mettre de côté ton libre arbitre car ton corps va se la jouer solo et ne te laisser aucun mot à dire.

Je ne sais même pas comment conclure l’article. Je pense que je n’ai, dans un certain sens, pas envie de le faire. J’ai envie de le laisser là, en suspend. Je ne sais pas ce qu’il adviendra du projet Her. J’ai cependant deux certitudes. La première est que, quoi qu’il advienne, je continurai à suivre de très près le travail de Victor Solf. La deuxième est que, qu’importe ses choix artistiques futurs, qu’il y ait un album ou dix, Her aura marqué les esprits. Et je ne te parle pas de prix, de critique musicale, de côtes et d’étoiles. Je te parle juste d’amour, d’humanité. Encore une bonne nouvelle? La sortie en mai prochain de la série documentaire Are You Still Here? pilotée par Studio +. La bande annonce est déjà disponible et, à l’image de Her, le résultat s’annonce saisissant. Milan, San Francisco, Los Angeles, Brooklyn, Toronto, Londres et le plus classe pour la fin… Floreffe! Yes, Her revient en Belgique sur la scène d’Esperanzah le 5 août prochain. J’ai déjà ma place.

Et toi?

 

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *